Words don't come easy
Société me dévore
Dès le premier contact
Mais je ne suis pas mort
Et je réponds sur Slack.
Une voix de synthèse
Dicte la météo,
Je me sens plus à l'aise,
J'entre dans le métro.
La forme topologique
De l'existence
Est un fermé compact ;
Cela peut déplaire,
Cela m'indiffère.
Société me saccage
À travers mon écran,
Je suis le singe en cage
Calmé par le néant.
Caddie abandonné
Sur le trottoir sauvage,
Téléphone sous le nez,
Commentaires, haine et rage.
Certains soirs, les hommes agonisent ;
Rangés au fond de leurs cellules,
Ils contemplent le crépuscule
Avec une anxiété soumise.
(Il n’y a pas de frein
À ce mal qui le ronge ;
Il se triture les mains
Et il passe l’éponge.)
La nuit effroyable descend
Sur leurs habitations morbides ;
Ils ont un petit peu de bide,
Leur sexe est inondé de sang.
Les chambres des célibataires
S’imbriquent en structure Lego ;
Coin cuisine, balcon, water,
Rabougrissement de l’ego.
Soupe ou purée de pomme de terre,
Épluchage de vidéos,
Orgasmes brefs et solitaires,
Rêves pas très originaux.
Les nuits sont silencieuses et claires :
Réveil brutal et grand verre d’eau.
Une transpiration amère
S’évapore, en vain, de ma peau.
Samedi Soir
Dissolution de l’absolu :
Les épiciers vendent des canifs.
Il y a des énervés du kiff
Qui parlent aux policiers de rue.
La gothique aux seins saugrenus,
Elle me regarde, elle sort ses griffes !
Boulevard Magenta ça pue,
Je glisse sur un préservatif.
Pour satisfaire mes intestins
J’entre dans un petit kebab ;
Je ne sais pas lire en arabe
Et j'hésite sur le choix du pain.
Ballotté, vivant sans destin,
À la télé, c’est octogone.
Samedi soir c’est pas humain,
C'est plein de bouches en silicone.
Les répliquants s'attroupent
Au bord de leurs écrans,
Il faut serrer les dents,
Alimenter la loop.
Je tapote un clavier
Hexagonal mobile,
Les répliquants dociles
S'appliquent à regarder ;
Leurs visages anonymes
Inondent la plateforme,
On dirait qu'ils ruminent
Une inquiétude énorme.
Les répliquants s'appliquent,
Le code est maîtrisable,
Le code est authentique ;
Les répliquants de sable.
Avez-vous déjà eu l’occasion
D’observer des pigeons
S’accoupler ?
J’étais au fond du trou dans un parc public,
Allongé sur le gazon, et l’air était très lourd,
Et le mâle roucoulait,
Et la femelle l’ignorait,
Et il sautait par petits bonds pour se faire remarquer, en lui barrant le chemin
Dont elle se détournait, feignant l’indifférence ;
Je n’étais rien d’autre qu’un pigeon
Qui voulait s’accoupler
Et n’y parvenait pas.
J’étais triste et en rage, en plus d’être un pigeon,
Qui à force d’insistance et contrairement à moi,
Parvenait à ses fins, juste là sous mes yeux.
Le mâle roucoulait
Mais je n’avais plus de voix ;
J’étais un pigeon muet, muet et romantique ;
Quelle horreur d’être
Un pigeon
Muet.
Je me reconstruis seul
Hors de la société,
Branche morte effacée.
Smile a little !
Je ne suis pas heureux
De vivre loin des gens,
Il reste les moments
De ciel bleu.
Quelque chose d’étrange
Détruit les relations ;
Il n’y a pas de raison,
C’est ainsi, tout s’arrange
Grâce aux êtres qui rangent,
La vie sur internet,
La coupure est très nette,
Allô ? mais oui mon ange...
Les doigts qui capitulent
Sur un écran tactile,
Je marche dans la ville
Et les voitures circulent.